Jacky Bonnevay : "L'ASBO - un club exceptionnel pour débuter"

 Football  Association Sportive Beauvais Oise   | Publié le par Bellovaque

Jacky Bonnevay, entraîneur emblématique de l'AS Beauvais Oise entre 1999 et 2002, actuellement entraîneur adjoint à l'AS Saint-Etienne a longuement répondu à nos questions. Une plongée dans le riche passé de l'ASBO avec un technicien qui a laissé une trace indélébile auprès du public beauvaisien. Première partie de notre entretien. 

Vous avez effectué une première pige à Beauvais après l’arrêt de votre carrière professionnelle en 1993. Comment vous-êtes vous retrouvé dans l’Oise et dans quel rôle ?
J’avais stoppé ma carrière en raison d’une blessure au genou, je ne savais pas si j’allais pouvoir continuer. J’étais en accident de travail et plutôt que de ne rien faire, Bernard Quesnel qui était alors mon agent m’avait proposé le deal suivant : « On a recruté un nouvel entraîneur à Beauvais qui ne connaît pas la Ligue 2 (ndlr : Vahid Halilhodžić), il a besoin de quelqu’un pour superviser les matchs. Viens habiter à Beauvais. » J’étais alors sur Paris, je suis venu sur Beauvais et j’allais superviser des matchs pour Halilhodžić, ou des joueurs. La semaine, j’allais parfois à l’entraînement avec Patrick Rémy qui s’occupait de la réserve. Je donnais un coup de main au club de Beauvais de façon bénévole. Je l’ai été pendant un an, après je ne pouvais plus jouer, mon genou n’a pas guéri. J’ai donc arrêté ma carrière et à partir de là, László Bölöni qui a pris la tête de l’AS Nancy-Lorraine en Ligue 2 m’a demandé de devenir son assistant. Voilà comment j’ai débuté ma carrière d’éducateur, c’est Nancy qui m’a donné ma première chance. Je suis resté cinq ans à Nancy et le club m’a rappelé pour venir entraîner Beauvais qui venait de descendre en National.

C’est votre première expérience comme entraîneur principal. Lors de votre première saison, vous décrochez la montée en Ligue 2 et il y a ensuite la troisième saison, cet exercice qui a fait rêver les beauvaisiens. Qu’est-ce que vous retenez de ces trois années ?
La première saison avec la remontée en Ligue 2, on avait également passé des tours de Coupe de la Ligue, ce qui avait fait entrer un peu d’argent (ndlr : élimination en 8e de finale par Sedan 0-1). On avait effectué un parcours intéressant en Coupe de France (élimination au 8e tour face à Créteil 2-0). C’était une saison franchement idéale. On a été champions avant la fin, je n’avais recruté que des jeunes qui étaient dans des centres de formation où dans des effectifs pros mais qui ne jouaient pas. Certains joueurs ont accepté de quitter des clubs de Ligue 1 ou Ligue 2 pour revenir jouer en National. Ça a été une belle expérience pour eux : Clément, Sanz, Vairelles, Charton etc… Des joueurs revanchards, parce qu’ils n’avaient pas réussi leur mission à ce moment-là de jouer en pro. Ils ont eu l’intelligence de faire machine arrière, de vivre cette expérience à Beauvais et certains sont devenus par la suite des joueurs de Ligue 2 voir même des joueurs de Ligue 1 (Demont, Sanz, Savine, Florentin…). Pour certains joueurs, le passage par le National est un apprentissage extraordinaire dans leur cursus de joueur.  


Il y a une rumeur tenace sur cette saison 2001-2002 qui dit que la Municipalité, ne souhaitant pas effectuer les travaux pour la mise aux normes de Pierre-Brisson pour la Ligue 1 a demandé tout simplement de lâcher la fin de saison…
Je vais couper court à des bêtises pareilles, c’est totalement faux. La Mairie à l’image de Walter Amsallem qui était le Maire de la ville lorsque j’ai débuté, les élus et membres du Conseil Départementale, Jean-François Mancel en tête qui nous invitait tous les ans et surtout ceux de la Mairie ont été des partenaires incroyables et précieux pour nous, au niveau des terrains, des vestiaires, des salles de sport lorsqu’il pleuvait. Ça a été la même continuité avec Madame Cayeux, avec qui on avait de superbes rapports. Vous pouvez la saluer de ma part, ça me fera vraiment plaisir. La ville de Beauvais a été vraiment exceptionnelle pour nous dans le fonctionnement, les rapports, la bienveillance à notre égard. Nous entretenions que ce soit Jean-Claude Herbaut, Eddy Caullery, Bernard Quesnel ou moi-même, d’excellentes relations avec l’ensemble des représentants de la Municipalité, je ne peux que louer leur gentillesse. Il y a eu des visites avec des personnes de la ville, en anticipation pour éventuellement voir s’il y avait la possibilité de modifier ou d’aménager le stade. Je n’étais pas vraiment à la pointe de cette actualité-là. Mais il y avait une réflexion de faite.
Ce que je peux dire sur cette histoire de non-montée, ce qui était vrai : les six premiers mois ont été exceptionnels ! Les « astres » étaient alignés. On avait beaucoup de réussite, tout était parfait. En deuxième partie de saison, on a eu moins de réussite, de chance même au niveau de l’arbitrage, des décisions. Notre capitaine Alexandre Clément s’est cassé le pied. On a voulu recruter un joueur, le club n’a pas eu les moyens d’accéder à cette demande. Il y avait eu le problème Guei, courtisé par Nice et qui a été à partir de là, moins performant… Les planètes étaient un peu moins bien alignées… Une mécanique comme celle-là est très fragile. Dans la deuxième partie de la saison, ça a été beaucoup plus compliqué pour ces raisons-là. Mais jamais, vraiment jamais la Mairie n’a demandé quoi que ce soit.

Vous partez au terme de cette saison qui vous verra récompensé du titre de « Meilleur entraîneur de l’année de Ligue 2 ». Pourquoi partir ?
J’étais en fin de contrat, j’avais été courtisé par pas mal de clubs. Celui de Troyes et Alain Perrin en particulier souhaitait que je prenne sa succession. Lui partait à Marseille à ce moment-là. Troyes avait effectué une très bonne saison de Ligue 1, participait à l’Europa League. C’était un club de Ligue 1 et une évolution pour moi.
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Vous avez ensuite connu différents clubs comme entraîneur principal. Puis vous avez endossé le rôle d’adjoint avec Gernot Rohr puis un autre ancien de la maison sang & neige, Vahid Halilhodzic qui a une histoire très singulière avec Beauvais. Il vous est arrivé d’échanger sur Beauvais avec coach Vahid ?
Bien sûr. On a fait quatre ans ensemble au Japon, mais aussi une année auparavant à Trabzonspor (Turquie). Beauvais a été un ascenseur pour entraîneurs : Patrick Rémy, Bruno Metsu, Guy David etc, ces entraîneurs ont débuté à Beauvais. Vahid Halilhodžić également, j’en fais partie aussi, c’était pour les entraîneurs, un club exceptionnel pour débuter une aventure d’entraîneur professionnel en Ligue 2.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce rôle d’adjoint et qu’est-ce qui fait que vous ne souhaitez plus être en première ligne ?
J’ai une particularité en tant qu’adjoint, qu’un journaliste m’a révélé. Nous ne sommes que trois dans le monde du football français à avoir débuté adjoint durant quelques années, à être ensuite devenus entraîneur principal pour une durée minimum de dix ans et être redevenus assistant. Il y a Guy Stéphan, Jean-Louis Gasset et moi-même. Certains l’ont fait, mais pas de manière durable en tant qu’entraîneur principal. Quand j’ai été remercié par Niort, je me suis dit que je n’entraînerais plus les pros. Je voulais me consacrer à la formation, ce que j’ai fait à Nantes ou redevenir adjoint. J’étais plus épanoui dans ce rôle. J’ai eu la chance d’accompagner des entraîneurs complètement différents mais tous brillants à leur manière : Boloni, Halilhodžić, Rohr et Claude Puel. Des gens référencés, des gens avec qui j’avais bien entendu beaucoup d’atomes crochus par rapport au football, mais pas que. J’avais envie d’être assistant, mais dans des conditions particulières. Je voulais être avec des techniciens avec qui j’avais des affinités et avec qui je sentais que je pouvais m’épanouir et m’exprimer. J’ai été redemandé quelques fois pour entraîner, mais je n’ai jamais repris ce poste d’entraîneur principal et je me sens très à l’aise dans ce poste d’assistant.


La seconde partie sera publiée en début de semaine prochaine. Il y a sera question de son regard sur l'ASBO, de son retour avorté au club et de l'avenir.

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